Critiques

Quelques critiques à propos de ses spectacles…

Démons, de Lars Noren

Un écrivain parmi les plus grands aujourd’hui, le suédois Lars Noren ; une metteuse en scène, virtuose de la chorégraphie des duels à mort de mots et de corps ; un quatuor de comédiens explosant d’énergie, d’audace : à l’intersection de ces axes, une représentation de Démons qui coupe le souffle, qui crache le feu et les larmes, qui ne laisse que des cendres…La mise en scène rythme cette polyphonie en quatuor comme une partition de pulsions et d’émotions, aussi rigoureuses qu’une fugues à 4 sujets de Bach, aussi prenante que les airs d’opéra en filigrane sonore…On s’incline devant la virtuosité du travail physique et verbal, de chaque comédien.
(…) On s’incline devant la virtuosité du travail physique et verbal.

Michèle Friche – Le Soir de Bruxelles 2004

À couper le souffle ! Ça roule et ça craque. Déchirures de couples à la dérive, variations psychiques acrobatiques, quête aveugle des corps en amour, pulsions inavouées, corps en bataille, combats, chutes, on en reste baba. Les comédiens sont remarquables, c’est du grand théâtre, exigeant et fou, d’un humour à vous glacer le sang !

                                                                                              

Hebdo Vaucluse (Festival d’Avignon) - 2005

Tatiana Stepantchenko a magistralement mis en scène « Démons » (…) Si vous ratez cette œuvre, il manquera toujours une case à votre compréhension du théâtre… Du grand théâtre : inspiré et explosif !

La Provence (Festival d’Avignon) Juillet 2005

… La Cuisine, d’Arnold Wesker

Des serveuses empressées, des fouets qui valsent et des couteaux qui s’entrechoquent… C’est toute une armée cosmopolite qui s’affaire sous la direction rigoureuse de Tatiana Stepantchenko… Russes, Belges, Français, Congolais et Haïtiens, au total vingt comédiens, s’agitent sous l’œil acéré de la metteuse en scène. Issue de l’Académie moscovite GITIS, Tatiana Stepantchenko n’en est pas à son coup d’essai (…) D’une précision diabolique, cette fignoleuse invétérée décortique chaque geste, chaque intonation…

 MAG – Le Soir Bruxelles 2006

… Tatiana Stepantchenko électrocute la célèbre pièce d’Arnold Wesker… Une vision à haute énergie, extrêmement physique, presque chorégraphique (…) Dans cet enfer, cuistots, marmitons, plongeurs et serveuses travaillent jusqu’aux limites de leur force… Rivalités, initiations, idylles, tout se passe au rythme insoutenable des commandes qui tombent drues comme la grêle(…) Les dix-huit comédiens courent, bondissent, s’empoignent sans répit pendant une heure trente-cinq. Un guitariste et un percussionniste martèlent la cadence de cette galère gastronomique…

Philippe Tirard, La Libre Belgique 2006

…Musiques, rythmiques à la « tambours du Bronx » version hachoir sur planches à découper, chorégraphies à la Saporta tendance cascades genre « Chaud devant. Une raie et deux entrecôtes pour la cinq », cette cuisine-là, décoiffe. Les vingt cascado-danso-comédiens ne laissent pas un centimètre carré libre sur l’espace de la scène…Tout est rapide, sans vraie pose, millimétré (…)

Ch. Vincent – La Voix du Nord 2006

… Ça passe de la colère à la tendresse, du coup de poing à la caresse. Et la salle est emportée par cette image du monde, dans les rires et les drames (…) Tout est joué avec une énergie formidable (…) Rarement un travail scénique a été poussé aussi loin…

Didier Crasnault – Ouesthainaut 2006

Mozart & Salieri de Pouchkine

Un Pouchkine exacerbé
Comme dans sa vision de « La Cuisine » d’Arnold Wesker, Tatiana Stepantchenko a choisi de donner de l’importance au corporel. Dans le cas présent, ce ne sera pas le mouvement et le bruit mais la tension et la voix. Julien Roy et Alain Eloy sont les deux compositeurs rivaux. Leur prestation sera donc charnelle jusqu’à l’outrance. Eloy Mozart, en noir, sera sautillant et ange primesautier ; Roy Salieri, en blanc, sera tout de raideur et de démoniaque présence. Tous deux diront leurs répliques comme si elles étaient destinées à être mises en musique pour un opéra. Des pulsions vocales, des ruptures de rythme, des modifications de tonalité ponctuent des mots qui perdent parfois leur sens afin de devenir mélodie.
Au lieu d’assister à un duel psychologique, le public est convié à un duo où le chant est remplacé par la mélopée, la psalmodie, l’éructation, l’emphase, la véhémence. Une impressionnante performance ! (…) Les chemins de lumière tracent des routes parallèles et des territoires où il faut se lancer pour pénétrer dans l’univers de l’autre. Les pénombres dosées avec précision suscitent des atmosphères de mystère. Des espaces s’ouvrent, se ferment, débouchent sur un au-delà, suscitent des apparitions spectrales (Thierry Herman en musicien de foire, Patricia Clément en cantatrice).

Michel VOITURIER (La Voix du Nord – Lille 2007)

Britannicus, de Racine

(…) Grandie dans le chaudron de Anatoli Vassiliev et Maria Knebel, descendants de Stanislavski, l’homme qui rénova l’art de jouer en Russie, Tatiana Stepantchenko est imprégnée et imprègne tout ce qu’elle joue ou met en scène, des principes de la fougue et de l’énergie. Une énergie incandescente qui débusque les violences intérieures et les fait à la fois imploser et exploser. Ce qui, dans sa lecture de la tragédie racinienne, la transforme en une sorte de roman frénétique, une course d’intrigues où les coups les plus bas sont permis. Les ressorts les plus secrets, les machinations les plus perverses, les fourberies, les trahisons prennent corps autant que le verbe. Néron et Agrippine forment un couple freudien où le fils reste attaché comme un amant à sa mère aimée et haïe. Le temps de s’en débarrasser et de grandir (…) On est un peu au cinéma. Seule une Russe passionnée pouvait oser tourner Racine en version de polar noir.

Caroline Alexander Webthea 2010

Ce spectacle plonge dans l’incandescence des âmes, dans l’antre de l’alchimiste Racine, où se transmuent non seulement les âmes, mais aussi le monde.

                    

Didier Crasnault – La Voix du Nord 2010

Tatiana Stepantchenko propose une version fiévreuse de Britannicus et une lecture quasi romantique des affres de la jalousie et de l’ivresse du pouvoir.(…) À corps et à cris : Cette lecture passionnée et fébrile de Racine éclaire la pièce d’une manière presque romantique (…)Tatiana Stepantchenko a voulu mener le spectateur à l’épicentre de ce cataclysme dévastateur et réussit à faire de son Britannicus, une virulente et tempétueuse aventure.

      

Catherine Robert – La Terrasse

Que faut-il pour faire du bon théâtre, une salle pleine et un public heureux ? Une bonne pièce, de bons acteurs et une mise en scène simple et intelligente. On en a eu la preuve au théâtre Toursky avec cette représentation de ce texte de Racine qui passe ainsi sans problème la rampe du temps et tient le public haletant jusqu’au bout. (…)
Point de grand apparat de décor et décorum dans cette intelligente économie de moyens voulus par la mise en scène de Tatiana Stepantchenko et la scénographie minimaliste de Marina Filatova : dans un demi-jour inquiétant, deux grands rideaux tombants qui figureront, sous des lumières expressives, en transparence, une sorte de cage où tourne le fauve aux aguets Néron ou se love le vénéneux et visqueux serpent Narcisse : plis et replis de la cour et du cœur humain, ses ombres et pénombres trompeuses, et, en arrière-plan des personnages, arrière-fond des intrigues, clair-obscur des mots sous les mots à double entente, et tentures où se dissimule un empereur espion de la femme qu’il aime (…).
On est soulagé de voir que ces faux Romains ne sont pas affublés de costumes contemporains à la Gucci, Prada, Hugo Boss ou en jeans et tee-shirt selon l’académisme à la mode depuis cinquante ans (…) Ils ont une beauté intemporelle qui ne jure pas avec la romanité : ample dessus blanc à la façon du drapé d’une toge sur une robe noire pour l’ambivalence morale d’Agrippine au sombre passé cherchant à se blanchir désormais, à l’inverse du traître Narcisse, blanc sur noir de son passage de Britannicus à Néron, simple robe claire de victime pour Junie, épaisse capote ou carcasse et cuirasse militaire sombre pour Burrhus, expressivité des tissus froissés serrés au corps de Narcisse et Néron, qui cache ses doigts –griffes ?- ou mains sous de longues manches, sorte de seconde et souple peau reptilienne aux furtifs éclats. Les bottes en cuir noir sont celles du pouvoir qui soumet ou écrase sous la beauté des étoffes. En arrière-plan, venue d’on ne sait où, entre bruit et silence, une musique inquiétante baigne de sombre lumière sonore cette atmosphère oppressante maximum en signes économes minima (…)

Benito Pelegrin – Blog Théâtre Marseille

Britannicus au Théâtre Jean Vilar de Louvain-la-Neuve (Belgique) – réseau « Arts et Lettres » Belgique


Personne ne veut plus de l’aspect emprunté des alexandrins. Il n’est pas moins vrai que la langue de Racine peut, une troupe théâtrale d’exception aidant, ravir l’oreille et le cœur, absolument. C’est ce pari que Tatiana Stepantchenko, metteur en scène russe, gagne haut la main lors de la représentation de Britannicussur la scène de Jean Vilar à Louvain-la-Neuve. Un chef d’œuvre d’expressivité et de jeu théâtral. A part de savants jeux de clair-obscur, à part les subtils changements de teintes du voile de l’histoire, immense et brillant mais aux trompeuses transparences, le décor est le noir profond et insondable de l’histoire et de la nature humaine. Y apparaissent, sculpturales, les empreintes de personnages de la Rome éternelle, lieu emblématique de pouvoir, d’orgueil démesuré, de trahisons et machinations perverses, où sont synonymes passion amoureuse et passion politique ou militaire. Chaque stance est un tableau en soi. Il se compose de gestes et de poses très étudiées où les mains sont le prolongement des mouvements de l’âme et du subconscient, où le corps s’exprime comme un danseur pour être contemplé dans sa vérité, où la langue virevolte dans des profils audacieux. Dans sa note d’intention, Tatiana Stepantchenko explique que le vers racinien dégage une formidable énergie, ardente, vibrante, d’une fascinante sonorité. Au détour de chaque syllabe, de chaque son, qui produit de véritables arcs électriques entre les personnages, se produit une musique verbale. Mais la vraie musique racinienne plonge au-delà, vers ces vibrations harmoniques inaudibles, ces silences, ces bruissements, puis ces hoquets telluriques des âmes en perdition.

Un triangle magique s’est installé : celui de trois époques confondues en un point, le point magique du théâtre, qui réunit l’antique, le classique et le contemporain avec une perfection admirable. La fresque des sentiments est bouillonnante : la jalousie, la trahison, la tentation incestueuse, le déséquilibre des équations triangulaires…La langue est sublime, les moindres nuances de sentiments sont rendues à la perfection. Et pour qui saura entendre, la critique politique de l’époque de Louis XIV est bien présente, « le sous-texte » comme l’appellera Anton Tchékhov, trois siècles plus tard.

Le spectateur vit un moment inoubliable devant ce talent d’outre-siècles déployé par des comédiens envoûtés par le texte. Le spectateur en vient à se suspendre lui aussi à cette vague artistique qui déferle sur la scène et à se laisser porter avec volupté verbale et chorégraphique sur la crête de l’excellence théâtrale. On a envie de ne rien ajouter, ni de rien retirer. Equilibre parfait.